1942-2025
Le Professeur Philippe MANGIN, Professeur des Universités - Patricien Hospitalier et chef du service de chirurgie urologique au CHRU de Nancy nous a quitté le 1er octobre..
Issu du lycée la Malgrange à Jarville, il fit ses études de médecine à Paris puis parti à Brest après son clinicat en tant que chirurgien urologue.
Figure reconnue au sein des instances professionnelles, il fut le président de sa sous-section du CNU d'urologie et était membre de nombreuses sociétés savantes dont l'Association Française d'Urologie.
Pédagogue exigeant, il a formé plusieurs générations de chirurgiens urologues.
Au nom de la Faculté de médecine, maïeutique et métiers de la santé de l'université de Lorraine, nous adressons à sa famille, à ses proches et à ses élèves l'expression de notre profonde gratitude et de nos plus sincères condoléances.
ELOGE du Professeur François Richard
Séance du 7 janvier 2026 à l'Académie Nationale de Chirurgie - Paris
Philippe MANGIN est décédé le 30 septembre dernier à Brest et a été enterré à Soustons le 6 octobre entouré des membres de sa famille et de ses amis proches. Philippe Mangin a été un urologue important dans la spécialité à la fois par sa compétence professionnelle et universitaire, par sa qualité humaine et son humour et par l'implication qu'il a développé dans les innovations thérapeutiques, organisationnelles et pédagogiques pour lesquelles il s'est dépensé de façon collégiale et désintéressée.
Un hommage lui a été rendu par Jean-Luc Moreau dans le dernier numéro d'Urojonction et lors du dernier Congrès d'Urologie par son président Georges Fournier, un des premiers élèves de Philippe MANGIN à Brest. Il appréciait l'Académie et il a participé à des séances, notamment sur des sujets d'organisation de la santé.
Né en 1944, à Uzemain dans les Vosges. Il a effectué ses études de médecine à Paris. Nommé interne des hôpitaux de Paris en 1971, il choisit l'urologie comme spécialité chirurgicale et il séjourna comme assistant pendant un an à l'Institut d'Urologie de Barcelone chez le Professeur Puigvert. Il poursuivit par son clinicat à Necker chez Jacob Cukier.
La carrière hospitalière de Philippe MANGIN est originale car à trois repises il a participé à la création ou redémarrage d'un service universitaire d'urologie : dès la fin de son clinicat il accompagna Albert Moulonguet lors de l'ouverture d'un nouveau service d'Urologie à Bichat. Puis en 198, la création d'un service universitaire d'urologie avait été programmé à Brest et Philippe quitta Bichat et arriva au CHU de Brest pour construire un service d'urologie qui n'existait pas encore. Il fut pour cela aidé par le Pr Jean-François Charles, chef de service de chirurgie digestive. Il recruta une équipe dont deux piliers furent Georges Fournier puis Antoine Valéry qui furent ses successeurs.
En effet, une fois son service créé et bien installé localement, Philippe Mangin MANGIN au souhait de la spécialité qui devait résoudre une situation délicate et sensible au CHU de Nancy, en mettant en place une nouvelle équipe indiscutable et performante. C'est ainsi qu'en 1992, il traverse la France d'Ouest en Est pour devenir chef du service d'urologie du CHU de Nancy, dans la région de ses origines, jusqu'en 2009 où il termine sa carrière hospitalière, après avoir redynamisé le service qui est devenu un centre formateur en robotique reconnu. Il participa à la promotion de son équipe à Nancy par la nomination de quatre PU-PH.
Durant ces années à Nancy, outre sa fonction de chef de service, il participa avec son équipe à l'étude Progène animée par Olivier Cussenot. Cette étude assura pendant plusieurs années le recrutement des forme familiales de cancer de la prostate et contribua à une meilleure connaissance de la génétique de cette maladie ainsi qu'à l'identification des gènes de prédisposition.
La promotion du dépistage du cancer de la prostate pour réduire la mortalité de cette maladie fut également un combat poursuivi auprès des tutelles et à travers la création de l'association de patients Anamacap, avec l'aide de Rolland Muntz et reprise ensuite par Olivier Cussenot.
Il s'intéressa à la promotion de la transplantation rénale pat l'étude de modèles d'organisation qui fonctionnaient bien ailleurs, comme en Espagne.
Il participa à la construction de l'urologie cambodgienne avec Claude Dumurgier et établit un parrainage entre l'Association Cambodgienne d'Urologie et l'AFU en 2002.
Hispanophone, il dispensa de nombreuses conférences en Amérique du Sud en particulier.
Le résumé de cette carrière ne souligne qu'incomplètement les qualités humaines de Philippe MANGIN : humilité, détermination, capacité à mener à bien de grands projets, humour, management d'équipe, grand pédagogue, honnêteté intellectuelle, sens de l'intérêt général.
J'ai eu la chance de le connaître très tôt, au milieu des années 80 d'une part lors de la création du Club d‘Urologie Pratique (CUP), réunion d'une trentaine de chef de clinique dispersés sur toute la France désireux de travailler ensemble loin des querelles d'École et d'autre part, lors du choix du rapport du Congrès d'urologie où pour la première fois furent regroupés trois jeunes urologues dont les maitres ne souhaitaient pas passer leur tour : Philippe MANGIN était chef avec Bruno Pascal à Necker et moi-même assistant à Foch : nous allions découvrir comment calculer la valeur fonctionnelle d'un rein en étudiant les potentialités du scanner, devant la rade de Brest.
A la suite de la transformation complète de l'urologie entrainée par le changement des statuts de l'Association Française d'Urologie, Philippe MANGIN va s'impliquer dans la pédagogie pratique et le compagnonnage qu'il démarra brillamment, lors d'un symposium pédagogique à Budapest où il entraina l'ensemble de l'auditoire dans une démonstration spectaculaire de l'apprentissage de la maitrise de la fermeture cutanée par les PU-PH lors de l'enseignement des internes des hôpitaux où la technique apprise en huitième semestre était celle du premier semestre. Certains auditeurs se souviendront de cette conférence 20 ans plus tard ainsi que d'autres succès vocaux comme la chanson sans calcium et les spermatozoïdes. Ce mode d'enseignement, ne refusant pas l'humour, fut même prôné dans le cadre de l'Enseignement du Collège d'Urologie et participa à son succès : Guy Vallancien, Philippe MANGIN et moi-même ont ainsi effectué pendant 12 ans, alternativement pour 30 internes ou chefs puis 25 libéraux un enseignement sur adénome et cancer de prostate, sur 3 jours, ou l'humour de Philippe imprimait définitivement les messages « une fausse probabilité de succès est une vraie preuve d'échec ».
Il faut signaler que ces séminaires pédagogiques ont souvent été à l'origine de la création de nombreux clubs d'urologues, qui perdurent plusieurs années et sont une des causes de l'efficacité de l'urologie à s'organiser.
Mais Philippe MANGIN avait aussi une vision pour l'évolution de l'urologie Française et un sens de l'intérêt général qui l'ont amené à occuper les plus hautes fonctions en tant que président du Conseil National des Universités de 2001 à 2003, puis comme président de l'Association Française d'Urologie de 2002 à 2004 et enfin président du Congrès Français d'Urologie en 2007.
Il a pu promouvoir des sujets qui avaient été débattu au CUP comme la nouvelle organisation de l'urologie française à l'heure où la surspécialisation et le coût des équipements étaient un sujet phare. Les maisons de l'urologie promues avec Jean-Pierre Mignard et le syndicat, regroupant des urologues de sous spécialités différentes devaient apporter les meilleurs soins aux patients. Il en a fait une démonstration éclatante dans une publication à l'Académie de Chirurgie dont il était membre. Le regroupement des urologues permettait également des investissements en matériel de plus en plus couteux. C'est d'ailleurs bien ce qui s'est passé ensuite.
Il avait une grande capacité de réflexion sur l'urologie, sur les personnes ou les projets et ainsi rendait des conclusions limpides et fiables. En revanche, il n'aimait pas les projets non finalisés et n'aimait pas la malhonnêteté intellectuelle. Il était attiré par l'innovation en urologie. Pour ses élèves, il avait une exigence destinée à leur permettre d'atteindre le meilleur et à se dépasser.
Il avait un grand respect pour les patients et ils le lui rendaient bien. Il était aimé par ses élèves et ses équipes mais parfois un peu craint également dans ses silences qu'il savait utiliser pour marquer son désaccord.
Philippe MANGIN était un grand homme de l'urologie et un être humain rare, ouvert sur les autres et fidèle en amitiés. Ceux qui l'ont connu jusqu'à la fin de sa vie savent à quel point Françoise et lui étaient indissociables et étaient toujours accueillants.
Il restera un exemple pour l'urologie française.