ROLAND Jacques

1942-2026

` sommaire

ELOGE FUNEBRE

Jacques Roland nous a quitté hier  à la suite d'un long combat courageux contre une lésion tumorale pernicieuse qui l'affectait depuis plusieurs années. Après son intervention chirurgicale, il est retourné vivre les derniers mois de sa vie très occupée dans sa maison de l'île d'Oléron, accompagné par son épouse et entouré par ses enfants et surtout ses petits-enfants.
Jacques Roland, chevalier dans l'ordre national de la Légion d'Honneur et chevalier dans l'Ordre National du Mérite, officier des palmes académiques a été Doyen de la faculté de médecine de 1993 à 2003 après avoir structuré le département d'anatomie à la suite de la fusion des deux facultés. Il y a laissé une marque profonde aux côtés du Pr Luc Picard et du Pr Serge Bracard comme il l'avait fait au sein du service de neuroradiologie dans la prise en charge de la pathologie rachidienne car il était rhumatologue de formation. Il a été à l'origine de la création du service d'imagerie Guilloz (en l'honneur d'un collègue universitaire éminent et engagé dans l'effort de guerre jusqu'à sa mort en 1916) en succédant ainsi aux professeur Bernadac à l'hôpital central et réunissant autour de lui le professeur Alain Blum et la future école d'imagerie ostéoarticulaire devenue depuis très renommée.
Ses deux mandats décanaux ont exprimé tout son caractère novateur, notamment sur le plan pédagogique en mettant en place pendant quelques années, une approche novatrice dans le premier cycle : l'apprentissage par problème. L'augmentation du numerus clausus a eu raison de cette orientation pédagogique, survenue trop tôt à l'évidence. Successivement président de la conférence française des doyens de médecine de 1998 à 2001 puis de la conférence internationale des doyens (CIDMEF), il a été un infatigable avocat de la formation pédagogique des enseignants, de la création des commissions pédagogiques dans les facultés, plaidant pour une prise en compte de la recherche et de l'engagement en pédagogie dans les carrières des universitaires.
Jacques Roland a ensuite poursuivi sa carrière en devenant président du conseil national de l'ordre des médecins en 2005, tout en assurant la présidence du CNU d'anatomie à la fin des années 1990.
A Nancy, il a formé avec le professeur Michel Schmitt, président de la CME, un duo harmonieux et exemplaire de cohérence entre la faculté de médecine et la communauté médicale du CHU au cours de ces années ainsi qu'avec le directeur général de l'époque, Monsieur Benoit Leclerc. Jacques Roland était un homme profondément sincère dans ses engagements et intimement convaincu de la nécessité de faire évoluer l'enseignement des étudiants en médecine et d'y associer les autres professionnels de la santé. Il a montré la voie et installé l'école d'anatomie et d'imagerie à Nancy et semé les graines des évolutions pédagogiques actuelles.
Il était un homme aux très nombreuses facettes professionnelles, mais aussi un amoureux de l'aviation et profondément concerné par le destin de la France dans le monde. À tous ceux qui ont travaillé avec lui, il laisse le souvenir d'un homme affable très engagé avec une éthique personnelle et professionnelle nourrie d'un profond d'amour de la littérature.

Professeur M. BRAUN

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ELOGE (prononcé lors des obsèques)

Jacques, tu l'as gravé dans le marbre de ton dernier ouvrage « Une Vie dans des Vies », paru il y a trois ans, dans lequel tu décris, avec sincérité et affection, tous les amis qui t'ont toujours accompagné tout au long de ta vie : « Hervé, mon fils spirituel ».

Nos premières pensées très affectueuses seront pour Guillaume, Sabine, Anne-Sophie, Noémie, tes chers enfants, à tes douze petits-enfants, à tes trois arrière-petits- enfants. Et à Edith, ton épouse. Comme l'a si bien écrit Charles de Gaulle que tu as tant admiré « Derrière les grandes destinées se tient souvent une présence fidèle, discrète et essentielle » Edith, tu es cette présence.

Jacques, tu sais ce que je vais dire, gommant ta pudeur légendaire, masquant les interdits, bravant les habitudes et quelque peu les convenances. Je vais l'exprimer après avoir présenté les excuses de ton élève en anatomie le professeur Gilles Grosdidier, de mon élève en neurologie, actuellement président de la commission médicale d'établissement du CHU de Nancy, le professeur Marc Debouverie, et de notre élève commun en formation médicale permanente, le professeur Jean Dominique de Korwin.

Jacques, le mois de mai t'a vu naitre et partir : le mois de mai nous a fait connaitre, presque jour pour jour, il y a 50 ans, le lundi 17 mai 1976, quelques jours avant ton anniversaire : tu avais 34 ans et moi 23. Tu étais assistant dans le futur service de neuroradiologie du professeur Luc Picard et j'arrivais comme jeune faisant fonction d'interne en neurologie à l'hôpital Saint-Julien. Durant ces 50 ans, nous sommes toujours allés dans la même direction sur le plan professionnel. En osant paraphraser Saint-Exupéry « L'amitié n'est pas se regarder l'un, l'autre, c'est aller dans la même direction ». Je t'ai toujours suivi, sauf à la fin de ton décanat en 2002, lorsque le vice-doyen que j'étais, n'a pas osé relever le défi d'assurer à la fois la charge de doyen et le développement de l'école neurologique. Patrick Netter était là, il a fait mieux, puis Henri Coudane, l'artiste catalan, puis Marc Braun, et sa rigueur alsacienne, et maintenant Stéphane Zuily lequel a été également mon interne en neurologie ; la relève est en marche : vive la jeunesse ! comme tu savais souvent le dire ! chacun continue ton œuvre.

Le véritable héritage d'un homme se mesure dans ce qu'il transmet aux générations suivantes ; tu peux avoir confiance en tes élèves : pour ne pas dire tes disciples. Jacques souviens-toi ! souvenez-vous, tous les amis de médecine et d'autres professions, ici rassemblés : la création du premier diplôme interuniversitaire de pédagogie médicale… La piste d'envol en 1988 ! Presque tout part de là ! Quelle révolution dans le monde médical, quelle gageure ! Inciter (et non imposer, action que tu te refusais). Inciter tous les enseignants de médecine, futurs universitaires ou non, généralistes y compris, à travailler ensemble pour acquérir les compétences pédagogiques : Apprendre à enseigner, quel défi ! combien de détracteurs ! et même des opposants. « Un cerveau passif accumule les connaissances versées dans un entonnoir, le cerveau actif est une intelligence qui questionne, qui transforme, qui crée »…. aimions nous répéter partout en France.

Tu appréciais en pédagogie que chaque intervention comporte des mots clés : cela est tellement banal maintenant…. c'était il y a 40 ans. Allons-y ! Question à chacun d'entre vous dans ce Temple, pour honorer la mémoire de Jacques : Pensons ensemble à Jacques, recherchons les mots clés qui le caractérisent le mieux…. Dans nos vies, nos contacts, nos expériences, l'aide, le soutien qu'il vous a apportés. Découvrons maintenant au travers aussi des centaines de mails que nous avons reçus en quelques jours.

Le premier mot clé qui vient à l'esprit est courage. Courage il en a fallu ! Oser dire en assemblée des enseignants ou devant des étudiants ou le personnel de faculté ou de l'université ou ailleurs ; en conférence des doyens, à la présidence nationale du Conseil de l'Ordre. Oser dire tout haut ce que beaucoup pensaient. Tu avais reçu la mission de faire avancer les lignes comme un militaire au front. Oui… militaire ! tu avais le courage d'un militaire ; militaire, militant, résistant que tu es resté tout au long de ta vie. Toi le parachutiste…. Toi, le pilote d'avion et même d'un mirage 2000 avec notre ami Jean-Pierre Crance. Le courage venait de tes convictions, de tes valeurs inculquées par tes parents qui ont su surmonter de très grandes adversités « rien à voir avec nos petits problèmes » disais tu. Le courage n'est pas une vertu. Le courage est la première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres, nous a appris Aristote, et toi, tu as toujours eu du courage. Au courage, sont liées persévérance et détermination (mais pas obstination car tu savais changer d'avis quand l'argumentaire l'imposait).

Persévérance et détermination : deuxième mot clé de ta personnalité, de ton caractère. Pour toi, tout objectif une fois bien défini et décidé peut être atteint. Tu reprenais la phrase de Nelson Mandela « Cela semble toujours impossible jusqu'à ce qu'on le fasse ». Face aux épreuves, tu ne reculais pas. Là où beaucoup voyaient des obstacles, tu voyais des défis à relever ensemble. Ta détermination très remarquée en hauts lieux (parfois trop) n'a jamais été celle d'un homme cherchant la gloire personnelle mais celle d'un leader convaincu que chaque victoire collective commence par le courage d'un seul.

A ce courage, cette persévérance, cette détermination s'ajoutent loyauté, fidélité, sincérité, honnêteté. Loyauté, fidélité et sincérité sont des fondements de la confiance … à la fois pour l'accorder et pour la recevoir. Comment aurais-tu pu réagir autrement par ta fidélité, ta loyauté, ton honnêteté, lors de la découverte des méandres pernicieux pour la profession lorsque tu assurais avec grande dignité les fonctions de Président du Conseil national de l'Ordre des Médecins ? Comment ne pas comprendre ton comportement, que peu connaissait en privé, lorsque tu découvrais des trahisons empreintes de lâcheté ? Tu en souffrais énormément. Jacques, tu avais ce courage intellectuel et physique, cette détermination invincible, cette loyauté indéfectible qui t'ont permis de déclencher et d'accompagner de nombreuses évolutions dans le monde médical universitaire ; Marc Braun les a rappelées. Tu avançais toujours avec lucidité sans jamais céder au découragement ; ta persévérance est celle des grands serviteurs de l'intérêt collectif.. La Faculté, l'Université sauront montrer leur reconnaissance ; nous en sommes certains.

C'est le jour aussi de rappeler que toute une génération de collègues très brillants devenus chefs d'école dans leurs disciplines respectives n'auraient pas pu concourir à l'agrégation sans toi entre 1986 et 1990 ; une réforme a imposé en 1986 d'être titulaire d'un DEA : petit rappel dans la mémoire collective ……. Aucun DEA à Nancy … tu as créé la filière anthropologique à La Sorbonne accompagné de ton ami Yves Coppens. Grâce à toi, nous avons pu passer ce DEA et, comme à Nancy, nous étions très bons par ta formation, nous étions les meilleurs aux examens, nous avons raflé tous les premiers prix ; c'est ton côté élitiste. Entre autres et en commençant par moi en 1986, avec Jean Auque, puis Serge Bracard, Gilles Grosdidier, Marc Braun, René Anxionnat, Alain Blum, Jacques Hubert et bien d'autres pendant cinq ans et dans d'autres villes, Strasbourg, Clermont Ferrand, Grenoble, et même Toulouse. Tu as marqué de ton empreinte toute une génération.

Mesdames, Messieurs, chers amis, nous rendons hommage aujourd'hui à un homme dont la grandeur ne se mesure pas seulement à ses succès, au développement de sa carrière, à la création d'un destin. Nous rendons hommage à la manière dont Jacques a élevé les autres autour de lui. Jacques savait réunir, savait fédérer à la recherche insatiable du consensus.

Réunir, fédérer : autres mots clés. Tu l'as appris de notre Maître Jean-Pierre Grilliat, dont la fille a tenu à être présente ce jour avec nous, merci. Au temps de la « Bande des 4 », comme on nous dénommait : les plus anciens s'en souviennent, n'est-ce pas, cher André Rossinot, qui nous a toujours soutenus avec disponibilité, efficacité et beaucoup d'amitié. Bande des 4, avec Michel Schmitt, fidèle parmi les fidèles ; quel remarquable et exemplaire duo, toi, Doyen de la Faculté, Michel, Président de la Commission médicale d'établissement, et j'ajouterai le regretté Benoit Leclerc, Directeur Général du CHU, avant de l'être à l'APHP. Et je n'oublie pas le Président de l'Université, Jean Pierre Finance, avec lequel nous échangions si souvent ensemble. Une communauté d'hommes et d'amis sincères. Bande des 4 avec Jean-François Chassagne, infatigable travailleur parti top tôt. La Bande des 4 pour reprendre l'organisation de la semaine médicale de Lorraine en 1992 puis les journées d'actualité thérapeutiques en élargissant avec Jean Dominique de Korwin, Claude Jeandel, Francis Raphaël et nous nos amis médecins généralistes, Jean Pierre Voilquin qui a été le premier Professeur de médecine générale en France, nouvelle fonction honorant à juste titre la Médecine Générale avant la création sous ta gouverne de la Spécialité Médecine Générale.

La Médecine Générale te doit beaucoup, énormément et elle a su te le rendre dans les différentes formations professionnelles, les syndicats. Merci. Nancy à l'époque était au firmament du classement des Facultés. Pensons aux successeurs : Professeurs médecins généralistes de Jean Pierre Voilquin, le vosgien, Gilbert Alin, le messin, Louis Franco, le nancéien, Patrick Lucquin, le meusien toujours parmi nous, et Elisabeth Steyer, Sylvie Siegrist. Pensons à la création du premier département de formation permanente en France …accompagné de tes secrétaires très fidèles : Nicole Grosse à la Faculté, Irmie Boullion à l'Internationale (vers l'Allemagne et la Chine aidée par Jean François Stoltz puis Jacques Hubert dont le travail a été considérable à Wuhan), et Evelyne Boulogne au CHU, maintenant mon assistante de direction. Fédérateurs avec les jeunes, les anciens, la transversalité intergénérationnelle, interprofessionnelle, l'ouverture de la faculté aux Associations de malades, l'aménagement du musée de la médecine, le musée de l'histoire de l'internat des hôpitaux, l'embellissement de la faculté, la pyramide du secrétariat pour l'accueil des étudiants et le confort des agents. Fédérer autour de nos racines, de nos valeurs, Fédérer avec la promotion de nos collègues féminines sans attendre l'obligation de parité dès ton premier décanat avec notamment Michèle Kessler (que tu aurais bien vu première Doyenne de notre Faculté) ; Chantal Kohler, Marie Christine Béné. Fédérer les femmes et les hommes pour les rassembler autour d'un idéal commun : la formation médicale, la transmission du savoir, le savoir-faire, le savoir-être au service du malade et de la place des médecins dans la société. Jacques, tu insistais avec bravoure sur la dimension humaine de la formation médicale. Les facultés ne devaient pas seulement former des techniciens de haut niveau mais aussi des médecins responsables sur le plan éthique et relationnel. Tes valeurs ont été développées à l'échelon international en tant que président de la conférence internationale des doyens d'expression française.

Tu ne négligeais pas pour autant la recherche ; tu as été à l'initiative, puisque je l'ai vécu de près, de la création de la première école de chirurgie de Jean Pierre Viillemot, de l'installation du premier PET Scan avec cyclotron de Gilles Karcher, des premiers outils d'analyse biologique électronique avec Bernard Foliguet, Jean Louis Guéant, de l'IRM en recherche de Jacques Felblinger entre autres et bien entendu le service de radiologie de Central avec ton élève très visionnaire et créatif Alain Blum. En recherche, tu as su te faire accompagner de Patrick Netter et de son génie organisationnel.

Le dernier mot clé qui te caractérise est l'empathie. L'empathie est sans doute ta qualité essentielle qui a guidé et qui résume ton destin exemplaire. Empathie qui en a fait sourire beaucoup, non pas des ennemis car tu n'en avais pas, mais des adversaires du moment parfois de l'instant au bout de leurs rhétoriques. L'empathie a donné un sens à ton exigence, de l'humanité à ton autorité et a éclairé chacune de tes décisions. L'empathie n'est pas chez toi une qualité parmi d'autres mais elle est la signature même de ton humanité et le cœur vivant de ton œuvre. Dans les moments de tension et de désaccord, l'empathie (avec tes mains placées devant le thorax comme un prêcheur que j'ai souvent imité lors de différentes cérémonies publiques en ta présence), l'empathie devient une force silencieuse mais déterminante ; elle permet de maintenir le dialogue, de désamorcer la charge émotionnelle des conflits (c'est le neuroscientifique qui parle) et qui rappelle que derrière chaque position, il y a des personnes, des doutes et des engagements sincères. Cette empathie, cultivée au fil du temps, fil conducteur de ta vie, a fait que tout simplement, nous t'aimons, tous les amis ici présents peuvent en témoigner. Chacun peut se souvenir de ta très grande disponibilité, ton écoute, tes actions pour aider, trouver une solution ou accompagner parfois dans des moments très difficiles de l'existence, pas forcément professionnelle ; tu étais toujours présent : l'empathie à dominer, à donner de la profondeur à ton regard, l'amitié de la chaleur à tes relations et l'amour, au sens noble du terme, la force silencieuse de tes engagements.

Jacques….. Homme de sciences, Homme de devoir, Homme de cœur, ta vie entière a été consacrée à la médecine, à la transmission du savoir, au service des autres professionnels de santé et des malades. Tu es, et tu resteras toujours présent parmi nous …. puis nous nous retrouverons… un jour ou l'autre… aux côtés des anciens … en accueillant et fédérant comme toujours … les nouveaux arrivants … Victor Hugo l'a dit « Ceux que nous avons aimés et qui nous quittent ne sont plus où ils étaient mais ils sont partout et j'ajouterai …toujours où nous sommes ». Repose en paix, Jacques.

 Professeur H. VESPIGNANI

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Compléments (B. LEGRAS)

L'auteur est très attristé - comme bien d'autres - par la disparition de Jacques Roland, un ami cher avec lequel il partageait notamment le plaisir de l'écriture et de l'histoire de la faculté, et qui a rédigé quatre préfaces de ses ouvrages : - Théodore Guilloz, professeur de médecine de Nancy, 2023, autoédité. - L'histoire de la faculté de médecine de Nancy, 2022, autoédité (dans cet ouvrage, Roland décrit largement son décanat dans la faculté de 1993 à 2003). - Science et Foi, des rapprochements ? 2021, Ed P. Téqui. - La Faculté de médecine et l'Ecole de pharmacie de Nancy dans la Grande Guerre (avec P. Labrude), 2016, Ed. G. Louis. Préfaces que l'on peut lire sur : www.bernard-legras-nancy.fr