Ceux qui nous ont quittés
Faculté de médecine de Nancy : 1872-2026
TROIS PREFACES DU LIVRE
PREFACE DE STEPHANE ZUILY, DOYEN DE LA FACULTE DE MEDECINE DE NANCY
Il est des ouvrages qui dépassent le simple exercice de compilation pour devenir de véritables œuvres de transmission. Celui que le Professeur Bernard Legras offre aujourd'hui à notre communauté appartient incontestablement à cette deuxième catégorie. A la lecture de cet ouvrage, on est frappé moins par son ampleur – pourtant exceptionnelle avec plus de 550 pages – que par l'intention qui l'anime. Ce livre n'est pas un simple recueil biographique. Il constitue une œuvre de mémoire, patiemment construite, qui restitue près de cent cinquante ans d'histoire de la Faculté de médecine à Nancy à travers celles et ceux qui l'ont façonnée. Il rassemble les professeurs disparus depuis le transfert de la Faculté de Strasbourg à Nancy en 1872, en s'appuyant sur un travail considérable de collecte, de numérisation et d'organisation de documents longtemps dispersés.
Dans une époque où l'immédiateté tend parfois à effacer les traces du passé, le Professeur Bernard Legras accomplit ici une mission essentielle : préserver la mémoire de notre communauté universitaire. Derrière chaque notice, chaque photographie, chaque éloge funèbre, se dessinent des parcours de femmes et d'hommes qui ont consacré leur existence à soigner, enseigner, chercher et transmettre. Ils ont construit, génération après génération, ce qui constitue aujourd'hui l'identité de notre Faculté.
La valeur de cet ouvrage réside également dans sa rigueur. Il ne cherche ni à réécrire l'histoire, ni à l'embellir. Il rassemble les sources, les confronte, les organise et les met à disposition avec une remarquable exigence documentaire. Les textes originaux, les hommages, les archives institutionnelles et les nombreuses illustrations composent un patrimoine désormais accessible à tous. Ce patient travail d'historien représente des milliers d'heures de recherches et témoigne d'une persévérance hors du commun.
Mais cette somme est aussi profondément humaine. Au fil des pages apparaissent les filiations intellectuelles, les écoles médicales, les héritages scientifiques, les relations entre maîtres et élèves, les grandes découvertes, mais également les engagements personnels, les épreuves et parfois les destins tragiques. Cette dimension humaine rappelle que l'histoire d'une faculté ne se résume pas à ses bâtiments ou à ses réformes : elle est avant tout celle des femmes et des hommes qui lui ont donné vie.
Au nom de la Faculté de Médecine, Maïeutique et métiers de la Santé à Nancy, je tiens à exprimer notre profonde gratitude au Professeur Bernard Legras. Son travail dépasse largement le cadre d'un ouvrage historique. Il constitue désormais une référence incontournable pour tous ceux qui souhaitent comprendre l'évolution de notre institution, de ses disciplines et de ses valeurs. Les générations futures y trouveront bien davantage qu'un recueil de biographies : elles y découvriront les fondations sur lesquelles repose notre communauté académique.
Une faculté se construit par l'innovation, mais elle se grandit aussi par sa capacité à honorer celles et ceux qui l'ont précédée. Grâce au travail exemplaire, cette mémoire collective est désormais préservée avec une qualité et une exhaustivité remarquables. Cet ouvrage s'impose comme un véritable monument de notre patrimoine universitaire et médical. Il rappelle que la transmission ne concerne pas uniquement les connaissances scientifiques : elle concerne également les valeurs, l'engagement et l'histoire de celles et ceux qui ont fait de notre Faculté de médecine une institution reconnue bien au-delà de notre territoire.
PREFACE DE MATHIEU KLEIN, MAIRE DE NANCY
Nancy entretient avec son université une histoire singulière, indissociable de son identité.
Cette histoire plonge ses racines dans l'Université de Pont-à-Mousson, fondée en 1572 par le duc Charles III et le cardinal de Lorraine, l'une des plus prestigieuses institutions universitaires européennes de son temps. Après les bouleversements de l'histoire, l'enseignement supérieur lorrain s'est progressivement réorganisé à Nancy, où il a trouvé un nouvel essor.
Lorsque Strasbourg devint allemande, la France décida de transférer à Nancy sa Faculté de médecine. Cet événement fut bien davantage qu'une simple réorganisation universitaire : il transforma durablement Nancy.
L'arrivée de ces professeurs, de ces chercheurs, de leurs familles, de leurs élèves et de tout un écosystème intellectuel contribua à faire de Nancy l'une des grandes capitales françaises de la connaissance. Ce formidable élan irrigua tous les domaines : l'enseignement supérieur, bien sûr, mais aussi l'industrie, les sciences, la vie économique, les arts décoratifs et l'architecture. De cette dynamique naquirent notamment les conditions qui permirent l'émergence de l'École de Nancy et de l'extraordinaire rayonnement intellectuel et scientifique qui marqua alors notre ville.
La médecine est l'un des plus éclatants héritages de cette histoire.
Aujourd'hui encore, l'Université de Lorraine et sa Faculté de médecine demeurent parmi les plus précieux joyaux de notre territoire. Elles incarnent une tradition d'excellence, de transmission et d'innovation qui attire chaque année des milliers d'étudiants venus de toute la France et de nombreux pays étrangers.
Cette excellence universitaire a toujours été intimement liée à celle de l'hôpital. Le développement des grands établissements hospitaliers nancéiens, puis la création du Centre Hospitalier Régional et Universitaire, n'auraient pas été possibles sans la force de la Faculté de médecine, de sa recherche et de son enseignement. Ensemble, université et hôpital constituent un modèle hospitalo-universitaire exemplaire qui place aujourd'hui le CHRU de Nancy parmi les meilleurs établissements français.
Cette ambition s'est traduite au fil du temps par de profondes transformations. Des générations de médecins ont exercé à l'Hôpital Central, à Saint-Julien, à Villemin, à Maringer ou encore sur le plateau de Brabois. Le mouvement de regroupement des activités hospitalières engagé depuis plusieurs décennies trouve aujourd'hui son aboutissement avec le Nouvel Hôpital de Nancy, projet majeur pour notre territoire doit permettre de réunir sur le site de Brabois l'essentiel des activités hospitalières de recours et de médecine aiguë, afin d'offrir aux patients, aux soignants et aux étudiants un outil à la hauteur des défis du XXIe siècle.
Mais l'histoire d'une institution est d'abord celle des femmes et des hommes qui l'ont servie.
C'est tout le mérite de l'ouvrage de Bernard Legras que de rappeler cette évidence. À travers les parcours des professeurs disparus depuis l'origine de la Faculté de médecine de Nancy, il restitue une mémoire précieuse : celle des enseignants, des chercheurs, des cliniciens et des pionniers qui ont consacré leur vie au savoir, à la transmission des connaissances et au soin des patients.
Le lecteur y découvrira non seulement des carrières remarquables, mais aussi une véritable histoire humaine de la médecine nancéienne. Chaque nom évoque une discipline, une découverte, une école de pensée, un service hospitalier, des générations d'étudiants formés et de malades soignés. Ensemble, ces destins composent le patrimoine vivant de notre faculté et de notre hôpital.
En préservant ces souvenirs, cet ouvrage accomplit une œuvre de transmission essentielle. Il rappelle que l'excellence dont nous sommes aujourd'hui les héritiers repose sur l'engagement, le travail et la vocation de celles et ceux qui nous ont précédés.
A travers eux, c'est une part de l'âme de Nancy qui nous est racontée.
Je forme le vœu que ce livre permette à chacun de mesurer l'exceptionnelle richesse de cette histoire et de rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à faire de Nancy l'une des grandes places françaises de la médecine universitaire.
PREFACE D'ANDRE ROSSINOT ET HERVE VESPIGNANY
L'histoire de l'humanité est jalonnée de femmes et d'hommes dont les noms ont traversé les siècles. De génération en génération, ces grandes figures se sont éteintes, témoignant du passage inexorable du temps. Chaque époque voit disparaître ceux qui l'ont construite. Les survivants deviennent alors les derniers témoins d'un monde révolu, les gardiens d'une mémoire vivante reliant le passé au présent. À mesure que les décennies s'écoulent, les voix de ceux qui ont connu ces personnalités se font de plus en plus rares.
Dans cette perspective historique, médecin ORL ayant débuté ses études de médecine en 1955, enseignant d'anatomie, avant d'assurer mes fonctions électives locales et nationales, j'ai connu plus de la moitié des professeurs de la Faculté de Médecine de Nancy dont la biographie, depuis 1872 est colligée, documentée, dans ce remarquable ouvrage conçu par Bernard Legras. Mon témoignage s'inscrit dans la continuité de cette mémoire, rappelant que si les grandes figures s'éteignent, leur héritage demeure à travers l'histoire et ceux qui en transmettent le souvenir.
L'histoire de la Faculté de médecine de Nancy plonge ses racines bien au-delà de l'année 1872. Elle s'inscrit dans une tradition universitaire lorraine qui remonte à 1572 , date à laquelle le duc Charles III fonda, à Pont-à-Mousson, une université confiée à la Compagnie de Jésus. Rapidement reconnue parmi les grands centres intellectuels d'Europe, cette université attira des étudiants venus de tout le Saint-Empire romain germanique, du royaume de France et des Pays-Bas. La célèbre et quelque peu oubliée Lotharingie. On y enseignait la médecine, la philosophie, le droit et la théologie, dans un climat où se mêlaient érudition, foi et ouverture aux savoirs nouveaux. Le premier professeur doyen de médecine, Charles Le Pois, médecin attitré du Duc Charles III, est le premier à faire de l'hystérie une maladie d'origine cérébrale et non utérine après avoir présenté sa thèse sur les convulsions dans un ouvrage plusieurs fois réédité dans toute l'Europe jusqu'en 1768. Ses travaux seront repris par les anglais Thomas Willis, Thomas Sydenham, prélude des conceptions futures de l'école de neurologie de Nancy avec Hippolyte Bernheim et Ambroise-Auguste Liébeault, s'opposant fortement, après le passage de Freud à Nancy, à l'école de la Salpêtrière de Jean-Martin Charcot. Les neurosciences actuelles, en particulier de Nancy, ont donné raison à l'école de Bernheim.
Deux cents ans plus tard en 1752, le roi Stanislas Leszczynski fonde le Collège royal de médecine et de chirurgie sur la nouvelle place royale, l'actuelle place Stanislas, dans le bâtiment qui abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts de Nancy. Après la Révolution française, les anciennes facultés disparaissent avant qu'un nouvel enseignement supérieur ne se reconstruise progressivement à Nancy au cours du XIX? siècle.
En 1872 , à la suite de la guerre franco-prussienne et de l'annexion de l'Alsace-Moselle, la Faculté de médecine de Strasbourg est transférée à Nancy. Né d'une tragédie nationale, ce transfèrement constitue paradoxalement le point de départ d'un essor scientifique exceptionnel qui allait faire de Nancy l'un des plus prestigieux centres médicaux d'Europe. Nancy devient « la première vitrine de la France de l'EST face à l'Empire Germain ».
Nancy accueille simultanément des universitaires, des médecins et scientifiques, des artistes, industriels et intellectuels lorrains, des «optants » refusant l'annexion allemande. De ce brassage naissent deux grandes créations nancéiennes : la nouvelle Faculté de médecine (1872) avec le Doyen Stoltz ; l'École de Nancy (1901), autour d'Émile Gallé, les frères Auguste et Antonin Daum, Louis Majorelle. . Ces deux institutions reposent sur les mêmes valeurs.
Depuis cette date fondatrice, plusieurs centaines de professeurs se sont succédé dans les amphithéâtres, les laboratoires et les services hospitaliers. Bernard Legras ajoute, à juste titre, les nombreux médecins non agrégés qui ont dirigé des services et laboratoires. Tous ont participé, à des degrés divers, à une même ambition : transmettre le savoir, faire progresser la science médicale, soigner les malades et former les générations futures de médecins. Certains ont laissé une empreinte mondiale par leurs découvertes ; d'autres, plus discrets, ont assuré avec la même exigence la continuité d'une tradition universitaire fondée sur la rigueur, l'humanisme et l'innovation.
Une analyse prosopographique des professeurs décédés de la Faculté de médecine de Nancy depuis 1872 fait apparaître un fil conducteur beaucoup plus profond qu'une simple succession de carrières : s ervi la médecine en faisant de Nancy une terre de transmission.
Cette émulation est conjointe au développement de l'Art Nouveau de l'Ecole de Nancy puis l'Art Déco qui défendaient l'idée d'un « art pour tous », mêlant recherche esthétique, innovation technique et utilité sociale. Emile Gallé et son école puisent l' inspiration dans le vivant : les arbres, le ginkgo biloba, arbre emblématique, les plantes, fleurs, insectes…..
Les grands professeurs de médecine de Nancy ont cultivé un idéal voisin : mettre la science au service de la société avec une vision de la médecine centrée sur l'observation du vivant, de l'homme dans son environnement et de la prévention. L'écologie avant son heure, la prévention avant la maladie, l'homme dans son écosystème. Jacques Parisot, précurseur de la santé publique, président de la première Assemblée mondiale de la Santé en 1948 en est le précurseur.
Nancy devient une ville de créateurs plus que de conservateurs. Ce qui caractérise Nancy n'est pas seulement l'excellence. C'est la création. L'École de Nancy voulait inventer une nouvelle manière de faire de l'art. Les professeurs de médecine voulaient inventer de nouvelles manières de soigner, d'enseigner et d'organiser la santé publique.
Chaque lecteur de cet ouvrage pourra suivre l'évolution de la Faculté de médecine de Nancy au fil de quatre grandes générations d'universitaires : les fondateurs (1872-1900) , qui reconstruisent un grand centre universitaire français après la guerre de 1870 ; les bâtisseurs d'écoles médicales (1900-1945) , qui font émerger de véritables écoles scientifiques et donnent à Nancy un rayonnement national ; les modernisateurs hospitaliers (1945-1970) , qui développent les spécialités modernes et consolident les liens entre la Faculté et les hôpitaux universitaires ; enfin, les universitaires du CHU (1970-2000) , qui accompagnent l'essor de la recherche biomédicale en renforçant les collaborations avec le CNRS, l'INSERM et les sciences de l'informatique .
Depuis 1872, les professeurs aujourd'hui disparus de la Faculté de médecine de Nancy ont eu en commun de transformer une faculté née de l'exil après la guerre de 1870 en une école médicale de rayonnement national, puis international, tout en transmettant leur savoir à des générations successives de médecins. La Nation lui a été reconnaissante. À l'issue de la Première Guerre mondiale, la Faculté de médecine de Nancy fut citée à l'Ordre de la Nation pour avoir poursuivi sans interruption sa mission d'enseignement et de soins, malgré la proximité immédiate du front, les bombardements et la mobilisation d'une grande partie de son personnel.
L'ouvrage exemplaire de Bernard Legras est avant tout un hommage. Il rassemble la mémoire de celles et ceux qui ont consacré leur vie à l'enseignement, à la recherche et au soin. Au-delà des biographies individuelles, il retrace l'évolution de la médecine française à travers près d'un siècle et demi d'engagement universitaire. Chaque professeur évoqué témoigne d'une époque, d'une discipline, d'une conception de la médecine et d'un héritage transmis à ses élèves.
Les contributions de ces enseignants dépassent largement le cadre de leurs publications scientifiques. Ils ont créé des laboratoires, organisé des services hospitaliers, introduit de nouvelles techniques diagnostiques et thérapeutiques, participé aux grandes réformes universitaires et contribué à l'essor du Centre hospitalier universitaire de Nancy. Beaucoup furent également des acteurs majeurs des progrès de la santé publique, de la médecine sociale, de la lutte contre les maladies infectieuses, de l'imagerie médicale, des neurosciences, de la chirurgie moderne ou encore des sciences fondamentales.
Préserver leur mémoire n'est pas seulement un devoir d'histoire ; c'est reconnaître que les avancées médicales sont toujours le fruit d'une chaîne ininterrompue de transmission. Les étudiants d'aujourd'hui marchent dans les pas de ces maîtres dont les travaux continuent souvent d'inspirer la recherche contemporaine.
Que cette œuvre permette aux lecteurs de redécouvrir les figures qui ont façonné la renommée nationale et internationale de la Faculté de médecine de Nancy, d'apprécier la richesse de leur héritage scientifique et humain, et de mesurer combien le prestige d'une institution repose avant tout sur les femmes et les hommes qui l'ont servie avec passion, intelligence et dévouement.
En rendant hommage aux professeurs disparus depuis 1872, cet ouvrage perpétue le devoir de mémoire de la communauté médicale nancéienne. Il rappelle que les grandes institutions ne vivent pas seulement de leurs bâtiments ou de leurs traditions, mais surtout de l'excellence, de la générosité et de la vision de ceux qui les ont construites. Leur souvenir demeure vivant dans les enseignements qu'ils ont légués, dans les progrès qu'ils ont rendus possibles et dans les générations de médecins qu'ils ont formées.