VICHARD  Philippe

 

1931-2008

 

` sommaire

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Texte sur l'école chirurgicale lorraine

 

I - TITRES HOSPITALIERS

Interne des Hôpitaux de Nancy (1953)

Chirurgien des Hôpitaux (1962)

 

II - TITRES UNIVERSITAIRES

Aide d'Anatomie, puis Prosecteur d'Anatomie (Nancy) (Laboratoire Pr BEAU)

Chef de Clinique Chirurgicale en 1958 (Nancy) (Chir. A - Professeur CHALNOT)

Agrégé de Chirurgie Générale affecté à la Faculté de Médecine de Nancy (1961-68), puis de Besançon (1968-71).

Professeur d'Orthopédie-Traumatologie à la Faculté de Médecine de Besançon depuis 1971

 

III - FONCTIONS ACTUELLES

Chef du Service de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique du CHU de Besançon (1969-99)

Maintenu dans les fonctions de Professeur de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique, à la Faculté de Médecine de Besançon (CE2) Responsable de l'Enseignement correspondant

Coordonnateur Interrégional du Diplôme d'Etudes Spécialisées (DESC) de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique pour les cinq CHU de l'Est : Besançon, Dijon, Nancy, Reims et Strasbourg, depuis 1996

 

IV - PRINCIPALES SOCIETES SAVANTES

Correspondant National de l'Académie de Médecine, 1991. Membre Titulaire de l'Académie de Chirurgie

Membre Titulaire de la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT)

Président du 63ème Congrès National de la SOFCOT (1988)

Président de la Société Française de Chirurgie de la Main (GEM) ( 2000-02).

Président d'Honneur de la Société de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique de l'Est de la France

Membre Correspondant de la Société Française de Chirurgie Plastique

Membre Correspondant de la Société Suisse de Traumatologie

Trustée de la Fondation AO (un des 3 représentants français depuis 1991)

 

V - RESPONSABILITES

Ancien Membre élu du Conseil National des Universités (1985-88 et 1991-97)

Ancien Président de la Sous-Section de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique du CNU (50-02)

Fondateur et Directeur de l'Ecole de Massokinésithérapie du CHU de Besançon (1972-98)

Membre actuel du Directoire du Collège Français des Chirurgiens Orthopédistes et Traumatologues

Membre du Conseil Scientifique de la Revue de Chirurgie Orthopédique et Réparatrice de l'Appareil Moteur

 

VI - ANALYSE DE QUELQUES TRAVAUX

Ceux-ci concernent de nombreux domaines avec deux pôles principaux : le traitement des fractures de jambe avec dégâts cutanés majeurs d'une part, d'autre part la pathologie de la main et l'organisation à Besançon d'un Centre de Replantation et de Microchirurgie incorporé dans la Confédération Européenne des Services d'Urgence Main (FESUM).

 

JAMBE

Nous nous sommes particulièrement préoccupés de la stabilisation diaphysaire du squelette jambier même lorsqu'il s'agit de fractures fermées qui sont au Service opérées systématiquement en urgence. En effet, la fragilité de l'enveloppe des parties molles prédispose à l'ouverture qui est potentielle. Dans le domaine des fractures ouvertes proprement dites, nous avons eu recours de tout temps après parage, à l'ostéosynthèse, des types I et IL. En cas de dégâts cutanés majeurs (type III de CAUCHOIX-DUPARC, types IIIa et IIIb de gustelo), nous avons montré, avec d'autres, l'intérêt de la stabilisation par fixateur externe associée en urgence au parage-couverture. Les modes de couverture actuellement très divers et sophistiqués ont été l'objet de nos préoccupations (voir Main et Microchirurgie).

Puis nous nous sommes enhardis et avons associé, en urgence vraie, avec succès, le parage couverture à la fixation interne tandis que les lambeaux libres prenaient une place de plus en plus grande dans notre pratique.

Un travail récent (POLLAK AN -JBone Joint Surg 2000, 82-A : 1681-91} semble justifier cette évolution en faveur des lambeaux libres. Les 2 principes de base de notre attitude (couverture de plus en plus fréquente par lambeaux libres plus ostéosynthèse en urgence vraie) au départ âprement contestés ont été progressivement adoptés par un certain nombre d'équipes.

 

HANCHE

La prévalence des fractures traumatiques ou pathologiques (ostéoporose, tumeurs) de la hanche nous a conduit à étudier la Biomécanique de la hanche et les techniques propres à permettre un appui immédiat systématique et complet de blessés souvent âgés.

Compte-tenu de l'expérience acquise, nous avons eu récemment l'honneur de nous voir confier la Direction d'une Monographie d'Enseignement de la SOFCOT consacrée aux fractures trochantériennes et sous-trochantériennes.

Matériel de routine dans le Service (plus de 1 000 observations) la lame plaque à étai (matériel céphalo-exodiaphysaire) devait être remplacée de plus en plus souvent par un implant céphalo-endomédullaire.

 

INSTRUMENTATION DU FEMUR

Adepte précoce de l'enclouage centro-médullaire des diaphyses traumatisées ou métastatiques nous nous sommes orientés plus récemment vers le clou plein non alésé du fémur, plus solide pour un même volume de métal et moins agressif pour la vascularisation).

Par ailleurs, nous avons été un des premiers en France à retenir et utiliser l'enclouage rétrograde proposé aux Etats-Unis par SELIGSON. Nous avons fait adopter deux brevets (cédés à sulzer medica ltd pour la commercialisation) destinés à faciliter les enclouages antéro et rétrograde et à permettre le verrouillage mécanique des deux extrémités du clou. Un moment tenté par l'ostéosynthèse différée du fémur destinée à faciliter la consolidation par la préservation de l'hématome périfracturaire, nous l'avons abandonnée compte-tenu de l'extension des indications de l'enclouage centro-médullaire à foyer fermé vers les épiphyses.

Une voie d'abord originale permet l'enclouage simultané de la diaphyse fémorale et de la diaphyse tibiale mais aussi l'enclouage de fractures très proches de l'épiphyse.

 

CHEVILLE

Nous avons vécu le recul du traitement conservateur des fractures malléolaires ou du pilon tibial.

Des cals vicieux peuvent nécessiter des ostéotomies. Des lésions heureusement rares sont au-dessous de toute restauration de la mobilité de l'arrière pied et peuvent justifier un enclouage rétrograde.

Le traitement des entorses graves récentes du ligament latéral externe est resté le plus souvent conservateur compte-tenu des résultats d'une série comparative).

 

PIED

Les traumatismes balistiques créent des dégâts importants dont la mise à plat et l'immobilisation sont indispensables pour éviter les arthrites extensives. Le fixateur externe et le pansement à plat nous ont rendu de grands services.

Les troubles statiques de l'avant-pied ont justifié notre présence à une Table Ronde de la SOFCOT où ont été comparées les interventions type Keller et conservatrices.

Les indications en matière de métatarsalgies y ont été discutées.

 

EPAULE

Les traumatismes de l'épaule furent l'objet de nombreux articles avec une mention spéciale pour les luxations fractures postérieures pour une méthode personnelle d'ostéosynthèse, l'enclouage bipolaire ascendant aux clous élastiques des fractures non engrenées. Une Conférence d'Enseignement devant la SOFCOT nous fut confiée.

En 1981 nous présentions les deux premières observations d'interposition de la coiffe des rotateurs empêchant la réduction de luxations à ciel fermé.

Nous avons par ailleurs observé un grand nombre de paralysie du grand dentelé laquelle est loin de rétrocéder spontanément et peut justifier un traitement palliatif, voir une exploration du nerf.

 

PARALYSIE RADIALE DES FRACTURES DE L'HUMERUS

Longtemps adepte des préceptes de SEDDON nous nous sommes ralliés à l'exploration précoce du nerf radial lésé et, depuis notre première prise de position, nous n'avons pas modifié notre attitude.

 

EXTREMITE INFERIEURE DU RADIUS

Longtemps considérée comme un parent pauvre de la traumatologie, la fracture localisée ace niveau revêt des aspects très divers et la stabilisation est à l'ordre du jour. Nous avons utilisé dans quelques situations le fixateur externe mais persuadés que la logique et la biomécanique sont en faveur d'un abord postérieur des localisations les plus fréquentes et les plus graves nous avons mis au point une plaque dite universelle, une voie d'abord dite externe élargie puis étudié leurs possibilités. L'avenir tranchera le débat mais la littérature révèle une tendance générale identique : disposer d'un matériel rigide mis en place après une réduction aisée, compte-tenu de l'exposition simultanée des deux faces du radius par notre voie d'abord. Aucune immobilisation ni kinésithérapie n'est nécessaire.

 

COUDE

Le coude traumatique place parfois le Chirurgien devant des situations redoutables. Nous avons toujours été persuadés de la place prépondérante du traitement sanglant, l'abstention exposant à des résultats médiocres voire à des procédures médico-légales  et l'immobilisation à des raideurs. Des techniques de chirurgie pédiatriques peuvent rendre service.

 

MAIN (Centre de Replantation et de Microchirurgie)

Nous avons tenu à ce que le Service, dès son ouverture, comprenne une Section de Chirurgie de la Main.

Formé à Nancy par Jacques MlCHON, à la microchirurgie des nerfs périphériques, nous avons orienté notre plus proche collaborateur (Yves tropet) dans cette direction. Faisant partie intégrante du Centre de Traumatologie-Orthopédie, le Secteur de Chirurgie de la Main a justifié notre affiliation à la Confédération des Services d'Urgence Main. Dès sa fondation notre souci d'intégrer un Secteur de Chirurgie de la Main très actif au sein d'un véritable Département de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique a justifié notre élection en qualité de Président de la Société Française de Chirurgie de la Main pour 2000-2001. A cette occasion, avec Michel merle nous nous sommes efforcés de sceller les relations sanitaires et pédagogiques de cette activité particulière avec la Chirurgie Orthopédique d'une part, la Chirurgie Plastique en demandant à l'Ordre des Médecins de faire reconnaître à des praticiens authentiquement compétents un Droit au Titre de Chirurgien de la Main. Ainsi fut évitée une balkanisation d'activités qui ont vocation à collaborer étroitement.

Passés de la Microchirurgie nerveuse à celle des vaisseaux nous avons abordé, dès 1978, le  domaine des replantations. Le Service est dans ce domaine un Centre Régional officiellement reconnu. Le développement inattendu d'un sarcome induit sur un membre replanté a été observé.

 

MICROCHIRURGIE

La Microchirurgie enseignée par ailleurs dans un DIU InterRégional auquel nous participons est couplée avec une activité de Chirurgie Plastique qui est utile pour l'application au même blessé du "tout en un temps thérapeutique". Nous ne pouvons par ailleurs détailler tous les travaux consacrés aux traumatismes ouverts (os, tendons, vaisseaux, nerfs) ou fermés (fractures et luxations dislocations du carpe).

Une activité de chirurgie "froide" est quantitativement comparable : les syndromes canalaires correspondent à une activité quotidienne.

Les lambeaux les plus divers (de voisinage ou libres) ne sont pas réservés aux indications

traumatologiques, péroné vascularisé, épiploon, pédieux. Ils ont pu être rassemblés selon les indications (genou ; pied  ; face dorsale main).

Des transferts libres vascularisés ont pu être réalisés pour couvrir des pertes de substance des membres en dehors des replantations.

Des tumeurs sont observées à la main comme ailleurs. Une mention spéciale doit être faite pour les tumeurs glomiques d'expression inhabituelle ou touchant un nerf périphérique.

La maladie de Kienbôck a presque toujours fait l'objet d'un accourcissement du radius. L'abord des cartilages thoraciques pour stabilisation des volets traumatiques nous a donné l'idée d'utiliser ce cartilage histologiquement proche du cartilage articulaire pour réparer la surface articulaire du trapèze dans la rhizarthrose du pouce.

Notre successeur Yves TROPET a immédiatement exploré cette idée avec un recul qui excède maintenant 5 ans.

Un Secteur Septique (Bloc Opératoire et Hospitalisation de 14 lits, complètement isolés) nous la permis de traiter adéquatement les infections de la main ou celles de tout l'organisme.

 

AMPUTATIONS APPAREILLAGE

Dotés d'une Section de Rééducation propre au service, nous avons étudié la réalisation pratique de certains appareillages, notamment ceux des amputés de cuisse. Dès 1980, nous abandonnions ce type d'amputation fonctionnellement très médiocre, pour adopter l'amputation sus-condylienne de GRITTI qu'il s'agisse d'indications traumatologiques

tumorales ou vasculaires.

 

RACHIS TRAUMATIQUE

En matière d'accidents, les lésions du rachis sont extrêmement fréquentes. Nous nous sommes intéressés aux fractures des pédicules de l'axis, aux fractures de l'odontoïde dont les formes instables ont été opérées d'abord par arthrodèse mixte postérieure puis par vissage antérieur mécaniquement décevant, enfin par ostéosynthèse antérieure avec notre plaque personnelle. Les subluxations du rachis cervical ont fait l'objet d'arthrodèses antérieures systématiques selon ROBINSON.

Les fractures du rachis lombaires ont fait l'objet de travaux didactiques, d'une analyse anatomopathologique grâce au scanner et de discussions thérapeutiques.

 

THORAX

Confrontés à des traumatismes thoraciques fréquemment associés aux lésions périphériques, nous avons souvent stabilisé la paroi thoracique par une ostéosynthèse abandonnant l'antique suspension des volets et redoutant l'infection des stabilisations pneumatiques internes (SPI) prolongées. Nous avons obtenu des succès indéniables mais les progrès de la SPI, le maintien de certains blessés dans des structures de réanimation d'hôpitaux périphériques tarissent notre recrutement car l'ostéosynthèse tardive qui lue permet pas un sevrage rapide de l'assistance respiratoire est contre-indiquée. Il reste de l'importante série traitée une sélection des voies d'abord et des modalités des plaques vissées qui sont judicieuses pour les fréquents plastrons sterno-costaux encore rencontrés.

Notre expérience des ruptures diaphragmatiques nous a montré l'intérêt actuel del'IRM et les indications respectives des voies thoracique et abdominale.

 

ABDOMEN

Les associations lésionnelles traumatiques étant fréquentes, donc préoccupantes l'Orthopédiste Traumatologue est amené à dépister au chevet du blessé un certain nombre de lésions abdominales qui se manifestent soit d'emblée, soit secondairement, notamment les hémopéritoines. Le pronostic vital dépend étroitement de la rapidité du diagnostic donc de l'expérience et de la sagacité du Chirurgien dont le regard ne doit pas être focalisé sur la lésion ostéo-articulaire.

Dès 1982, nous avons substitué à la ponction lavage du péritoine, invasive, l'échographie au lit du blessé d'autant que nous disposions de la collaboration de l'équipe d'imagerie très entraînée de F. Weill. Les ruptures spléniques ont été les premières bénéficiaires de cette expérience. Bien plus, la découverte de lésions cliniquement muettes par l'échographie nous a fait proposer l'abstention armée dans un certain nombre de situations cliniques. Les traumatismes du rein ont également bénéficié de l'échographie et de notre collaboration avec les Urologues.

 

Les ruptures du grêle sont restées jusqu'à l'apparition du scanner les parents pauvres des examens complémentaires. L'examen clinique répété, scrupuleux, reste la règle.

 

Les fractures du bassin ont fait l'objet des soins chirurgicaux les plus modernes mais ont attiré notre attention par leur complications hémorragiques, vésicales, uréthrales, viscérales.

 

Des cholécystites post-agressives ont été mises en évidence à l'occasion d'interventions orthopédiques majeures ou d'hospitalisations prolongées. Là encore l'échographie conforte la présomption clinique.

 

SANTE PUBLIQUE

La réorganisation des urgences est à l'ordre du jour. Les blessés hospitalisés sont réputés correctement traités sans d'ailleurs qu'aucune preuve ait été apportée. Les projecteurs de l'actualité se concentrent donc sur les urgences ambulatoires. Disposant dans ce domaine d'une organisation autarcique prenant en charge de l'accident jusqu'à la consolidation tous les blessés ambulatoires du CHU de Besançon, il nous a été possible dans un premier temps d'analyser a posteriori la qualité de la prise en charge initiale d'un échantillon de blessés, a posteriori parce que nos dossiers précisent l'évolution des intéressés.

Ayant déterminé ainsi le taux de prise en charge défectueuse, nous avons mis en place un dispositif d'assurance qualité qui a fait régresser significativement les malfaçons. Puis dans une troisième étape nous avons modélisé le parcours des blessés (par exemple, mesurer le temps passé au cours de chaque étape de leur parcours) chiffré les améliorations résultant des mesures prises. C'est ce qu'on appelle la gestion de la qualité.

 

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ELOGE FUNEBRE de Philippe VICHARD Président de l'Académie Nationale de Chirurgie

Notre Compagnie est en deuil de son Président, le Professeur Philippe Vichard.
Ce 12 juillet cette nouvelle nous a bouleversés car nous ne pouvions imaginer qu'un tel roc pouvait être atteint par un mal implacable.
Madame, permettez moi au nom de l'Académie Nationale de Chirurgie de vous faire part de notre profond chagrin et de vous adresser à vous et à vos enfants nos plus sincères condoléances. Il est parti avec cet immense amour que vous même et vos enfants vous lui portiez et qui force notre admiration. Quelle dignité de cet homme face à cette terrible maladie qu'il se refusait à évoquer.
Il savait et il continua jusqu'au bout à assumer sa fonction de Président car il s'y était engagé avec passion. Il suffit de relire l'allocution qu'il prononça au moment de sa prise de fonctions. Il y avait du Napoléon dans cet homme : la réflexion, la stratégie au service d'une légitime ambition pour le seul bénéfice de notre compagnie.
Le Professeur Vichard a souhaité que je prononce devant vous cet hommage. Redoutable honneur. Suis-je le mieux placé ? moi qui fut à la fois son élève et son ami. Nous sommes issus géographiquement de la même école nancéienne. Il était proche de mon patron le Professeur Jacques Michon, nous partagions beaucoup d'idées sur l'organisation ou plutôt la désorganisation Hospitalo-Universitaire. Il connaissait la fragilité des hommes et les limites de leur ambition collective. Mais il poursuivait sans relâche sa vie chirurgicale pour créer, éduquer, former, promouvoir, organiser avec l'énergie d'un homme conforté par la justesse de ses visions. Il parlait clair, il parlait vrai, il détestait la langue de bois et ceci lui valu quelques inimitiés qui ne le décourageaient guère.
D'origine Franc-Comtoise Philippe Vichard se déterminera sans contrainte ni hésitation à une carrière chirurgicale. Son père chirurgien à Vesoul lui fera découvrir les splendeurs et les servitudes du métier. C'était un élève brillant qui suivra toutes ses études de Médecine à Nancy. Il devient interne des hôpitaux à 22 ans, Chef de clinique à 27 ans, Assistant des hôpitaux à 29. Son patron, le Professeur Chalnot, qui a toujours su remarquablement s'entourer, l'accompagna au concours d'agrégation où il sera nommé en 1961 à l'âge de 30 ans. Deux ans plus tard il est reçu au chirurgicat des hôpitaux.
En 1968 il rejoint la jeune faculté de Médecine de Besançon où tout est à créer. Il a un véritable projet : créer un service de traumatologie et d'orthopédie. Ce sera chose faîte dès 1969 et la Chaire d'Orthopédie et Traumatologie lui sera attribuée en 1971.
Sa tâche fut particulièrement ardue au moment où les décisions démagogiques de Mai 68 provoquèrent la désorganisation des hôpitaux. Il va avec une énergie extraordinaire créer et organiser cette spécialité à Besançon puis nommer deux agrégés les Professeurs Tropet et Garbuio. Compléments indispensables à cette discipline il crée une école de kinésithérapeutes et des centres de rééducation. C'est un homme de terrain qui s'implique fortement dans son service, il a cette dimension humaine qui lui permet de développer une relation de grande qualité avec ses patients. Son humanité n'est jamais occultée par la technicité imaginative du chirurgien. Son service qui est le plus actif du CHU de Besançon deviendra rapidement une référence sur le plan national et international. Lui-même et ses élèves sont particulièrement productifs sur le plan scientifique.
C'est naturellement que ses Collègues lui demanderont de présider le 63ème congrès de la SOFCOT. Il sera Président de la Sté Française de la chirurgie de la Main en 2000, activité chirurgicale qu'il développera avec intensité dans son service avec ses élèves Yves Tropet et Laurent Obert. Sur le plan universitaire il sera élu Président de la sous-section de Chirurgie Orthopédique et Traumatologie au CNU. Siégeant dans la même section du CNU j'étais impressionné par l'énergie qu'il mettait à emporter les décisions pour le plus grand bénéfice de nos collègues de la spécialité. C'était un véritable coureur de fond dans ces négociations interminables.
Philippe Vichard était un homme de culture très ouvert, attentif aux autres disciplines et c'est très naturellement que ses Maîtres et Collègues l'accueilleront à l'Académie Nationale de Chirurgie puis à l'Académie Nationale de Médecine. Porté à la Présidence de notre compagnie il nous avait annoncé avec clarté et conviction son programme pour assurer la continuité de notre institution, favoriser l'entrée de nouveaux jeunes talents et développer une véritable réflexion sur le devenir des spécialités chirurgicales. Il présidera le 2ème colloque de cancérologie et en association avec la fédération hospitalière de France, il aura encore la force d'organiser, avec un panel international, un colloque sur les centres de traumatologie.
Quelle frustration pour vous Madame, vos enfants et petits enfants et pour notre Académie de voir cet homme de grande qualité nous quitter avec une telle brutalité. Vous aviez tant de projets à réaliser ensemble, il avait tant d'ambitions pour notre Compagnie et notre discipline chirurgicale. Il laisse assurément un grand vide.
Croyez Chère Madame que nous garderons vivant le souvenir de Philippe Vichard, chirurgien infatigable, homme courageux et droit, exemple pour les générations futures, ami chaleureux et loyal en un mot ce que l'on appelait au 18ème siècle un parfait gentilhomme.

Professeur M. MERLE